Les contes de la forêt vierge
Laura Nillni
du 19 juin au 20 juillet 2019

Musique, éléments naturels et littérature inspirent à Laura Nillni la création d’un
répertoire de figures, qu’elle superpose pour jouer sur des effets de profondeur et
d’ouverture de lumière. Ses dessins présentent une tension entre fixité et mouvement
et convoquent un temps long, un déplacement du regard.
Elle utilise le papier calque pour créer des jeux de transparence, des passages de
couleurs et combiner ses formes organiques.
Les lignes, obliques, circulaires et fluides, tel un langage, font songer à des lieux,
à des phénomènes et à des récits. Ce motif récurrent l’amène à faire surgir des
souvenirs d’expériences sensibles.


Le calque est la mémoire. Il permet une superposition de couches et condense ce
qui fait la vie.


La géométrie et la croissance d’êtres vivants s’interpénètrent dans les œuvres de l’artiste.
Ses dessins 100 degrés convoquent l’ébullition, les phénomènes de réchauffement
de l’eau. Ils invitent à prêter attention à l’invisible.
Ses ronds ne captureraient-il pas une forme d’énergie ?
Derrière ces multiples surfaces de papier se dévoile l’état d’un cycle d’un élément
naturel, ici l’eau. Les superpositions de papiers calque provoquent une sensation à la
fois de concentration et de fuite de ces bulles qui frémissent.


Les formes s’adaptent à leur contenant.


La présence de déchirures renvoie à la souplesse, à la souffrance et à la résilience de
son papier transparent. Suspendus, ces grands dessins suggèrent un appel d’air.


Dans le dessin Los flamencos deux chemins de lignes droites superposées suscitent
l’impression d’un rythme, la diffusion d’un son ou la trace d’un passage. Ces codes barres
dessinés font référence à une phrase d’un texte de Horacio Quiroga, cet auteur
uruguayen qui habitait dans une forêt vierge de l’Argentine actuellement menacée de
déforestation. L’alternance de ces lignes de différentes épaisseurs rappelle ce trouble
de la perception qu’on peut ressentir dans cet espace à la végétation dense.


Ses livres calques réalisés à l’encre présentent des lignes, branches d’arbres et flux
qui traduisent des mouvements, des envolées, des arborescences, des possibilités
de fuite et de croissance. Ces livres de traces colorées continuent de vivre au fur et à
mesure de leur manipulation. Ils prennent l’empreinte des lieux où ils sont déplacés.
Ouvrir, feuilleter les livres, soulever les pages, ces gestes font écho à une relation
de la main à la terre, un toucher qui mène à des souvenirs de sensations, odeur du
végétal, eau fraiche ou chaude.


Aller-retour entre des formes qui circulent de papier en papier, les dessins de Laura
Nillni nous conduisent à prendre conscience des éléments naturels et du soin qu’on
peut avoir à les regarder.
De l’entrelacement, de l’imbrication vers de multiples ouvertures, ces dessins nous
invitent à voir à travers, plus loin et à découvrir les différentes étapes de développement
de la forme.


Pauline Lisowski

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