Chinoiserie et cabinets de curiosités
Hélène Peytavi
du 7 juin au 13 juillet 2019

Hélène Peytavi prête attention à son support qu’elle considère comme son territoire pour y dessiner des formes et y laisser apparaître la matière. La feuille du papier fait écho à celles des végétaux et du thé, une texture qui appelle aux souvenirs. De ses voyages et selon les moments de son quotidien, un objet, une sensation, un brin d’air, une lumière ou un végétal l’amènent à travailler par série de carnets. Elle déploie un geste qui transmet le soin qu’elle porte à ces éléments du quotidien.

 

« La couleur comme espace » dit-elle.

 

Elle dessine la forme. Celle-ci suggère un mouvement dans le blanc du papier. Dans ses dessins, elle développe un rapport entre le plein de la couleur et le vide que prend le blanc dans l'espace de la feuille.

 

Hélène Peytavi travaille en série les séries dans une mise en abîme du motif, végétal ou organique. Elle explore une diversité de matériaux et de techniques (photo, dessins, textes) pour tisser des liens avec des lieux qu’elle a parcourus. Elle peint à l'eau (aquarelle et gouache) dans la fluidité et fraicheur de la couleur. La peinture à l'huile amène transparence et morsure du gras sur le papier. Le support conserve le temps, « le fantôme de la couleur ». D’un ensemble d’éléments, feuilles, plantes, bols et autres objets s’ouvrent un territoire arpenté et son paysage intérieur.

 

Chaque livre qu’elle réalise nourrit sa pratique du dessin vers des compositions où se révèlent du mouvement, un rythme des formes qui circulent dans les pages.

 

Pour Thé-ritoires, Hélène Peytavi réunit un ensemble de différentes séries d’œuvres sur papier, du végétal à des formes organiques, avec lesquelles elle recrée une nouvelle cartographie de lieux.

 

Une œuvre in situ, paravent, Chinoiserie grand rouleau de papier roulé, fait écho à la feuille de thé qu’on roule sur la cuisse et qui s’ouvre sous l’effet de l’eau. Plongée dans la surface de son papier, l’artiste a laissé venir des formes, d’un geste libre, tout en restant extrêmement concentrée vers une anticipation ou projection de l'étape suivante. Dans les formes des montagnes et des herbes au creux du vallon elle dissimule d’autres images qui font écho à celles des courbes du corps féminin. Cette œuvre d’un Bleu cobalt convoque différentes références d’histoire de l’art, selon les contrées et les époques. Elle renvoie à la circulation des porcelaines et du thé et l’intensité des échanges maritimes entre la Chine et l’Europe aux échanges et transpositions artistiques entre les divers pays, aux rivalités entre les différentes productions des manufactures de porcelaine de Saint-Cloud, Delft ou Lisbonne. Ce grand papier contient une temporalité, la mémoire d’une impression de formes. Le dessin au bleu et le blanc laissé du papier renforcent la topographie de ce territoire qui se déploie.

 

Ses dessins, tels des collections de papier, s’immiscent parmi les objets d’une multitude de contrées. Cet accrochage suggère une envolée et nous conduit à une circulation du regard à la manière d’un cabinet de curiosités. Hélène Peytavi propose ainsi un voyage à travers les sens, de la feuille de papier comme territoire de trajets où elle fait sillonner son pinceau jusqu’à l’espace où ses œuvres viennent se loger.

 

Pauline Lisowski

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